Il est certains films affreusement célèbres, mais que la critique se charge de démolir, n’en déplaise au budget parfois monstrueux dédié à la communication. Tel est le cas du dernier Astérix, une perle en le domaine. Un navet, dans toute son éperdue fadeur, une bouse, dans toute son infinie puanteur, un bide, dans sa toute grasse laideur. Les millions d’euros cramés pour la promotion, la myriade de stars à l’affiche sont autant d’emballages propres à intéresser dans un premier temps, et à écœurer dans un second. Ce film est une bouse dans un écrin, et cela lui fut copieusement signifié par un public déçu et par des critiques invétérés. Le film n’est pour ainsi dire utile que parce que sa nullité rend hommage à Chabat, réalisateur du précédent opus. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. La médiocrité de certains sublime le talent des autres.
Il est toutefois des impostures plus navrantes, qui dépassent de loin la promotion abusive, qui atteignent un public aveugle qui les acclament et qui corrompent une critique qui les encensent. Le plus criant exemple : Bienvenue chez les ch’tis. Le film se base sur un mensonge éhonté, à savoir qu’il existe une vie après Paris. Fourberie.
Attention, ceci est un spoiler qu’il faut absolument lire si vous n’avez pas vu le film. Vous me remercierez plus tard.
Ainsi, le scénario, si tant que ce dégueulis de blagues beaufs peut prétendre au titre de scénario, relate l’histoire d’un
directeur de poste provençal souhaitant être muté dans la côte d’azur. Pour ce faire, il n’hésite pas à se faire passer pour un handicapé. La supercherie étant, comme prévu, découverte, il est
puni via une mu
tation cruelle et infâme dans le Nord. Cette mutation suscite la seule émotion susceptible de pointer le bout de son nez durant le film : une compassion profonde et sincère pour ce pauvre
homme. Evidemment, le fonctionnaire est marié à une râleuse imbuvable, cela va de soi. L’actrice est laide comme un pou, toute aussi pénible mais
elle ne saurait, hélas, prétendre jouer à moitié aussi bien que ledit parasite. Mais l’actrice s’appelant Zoé Félix (bonheur), il est indulgent et fort magnanime de voir en son nom l’excuse
suprême à son piètre jeu d’actrice : l’incapacité prédéterminé à feindre la névrose ; ou toute autre état ne relevant pas de la béate expression bovine d’une simplette
irrécupérable. Beati pauperes spiritu. Quand le directeur de la poste s’installe, et en bonne girouette, se plaît dans une « ville » au Nord-Pas-de-Calais, Bergues, il ment
abondamment au panier de préjugés qui lui sert de femme, qui d’ailleurs finit par découvrir le pot aux roses, à cause de la balance qui lui sert
d’employée.
[ Vous suivez ? Vous ne vous emmêlez pas les pinceaux avec tous ces objets ? ]
Happy End du film : il quitte le Nord en pleurant et embrasse impudemment sa femme devant une école primaire. Comme si un individu suffisamment cynique pour feindre l’handicap moteur pouvait pleurer d’émotion en quittant une petite ville tellement paumée que le soleil l’évite consciencieusement aussi.
Sad End pour le public : tout, absolument tout, laisse à croire que les chtis descendront au Sud. Au secours.
Dans ce « film », Dany Boon reprend courageusement ses caricatures sur les nordistes. Fortes fortuna juvat oblige, la recette est gagnante : « bienvenue chez les Ch’tis » est extraordinairement, que dis-je, immensément, infiniment, ridiculement apprécié. La décence m’interdit de mentionner les entrées et les bénéfices du film. Merci de votre compréhension. De là s’impose une question existentielle : comment un film, avec des blagues aussi beaufs, peut-il être si populaire – même chez l’intelligentsia journalistique parisienne ? La première réponse serait la nécessité de nous remettre en question, moi et mon insatisfaction cinématographique chronique. Mais ce n’est malheureusement pas dans mes habitudes. La seconde serait … Je ne sais pas. Ma rhétorique m’abandonne, je ne puis user de quelque soubresaut stylistique pour éviter d’avouer l’inavouable. Je ne sais pas ; mais je n’en ai pas honte. Ce succès est un mystère. Il est impossible d’expliquer cette unanimité effrayante et cet engouement impressionnant et irréfléchi. Une once d’esprit critique avertit du caractère fatalement picard chti d’un humour au ras-des-pâquerettes et de la désolation intellectuelle d’un scénario au fond du gouffre. Mais non, personne ne se rebiffe. Même les critiques, éléments salvateurs à la rescousse du bon goût et de la culture, sont abusés et unanimes. Quelle triste interprétation de la pensée cartésienne, tout de même : personne ne pense, mais tout le monde suit.
Selon la critique, ce film affreusement régressif serait LA bouffée d’oxygène dont les français avaient besoin. Quelle condescendance ! Dire que les français aiment les bouses relève du constat. Dire que les français ont besoin des bouses est une ignominieuse insulte.
Pour finir,
l’effet de mode atteint des proportions de crise : la petite ville de Bergues, somme toute peu jolie, est en phase de devenir une ville touristique grâce au à cause du Chti Tour
(attraction abrutissante qui consiste en la présentation des divers lieux de tournage à des abrutis). Pis encore, l’infect fromage du nord, maroilles, jusque là oublié à juste titre par les
papilles gustatives et les capteurs olfactifs avisés, fait son grand retour. Au grand dam des amateurs de l’haleine fraîche.
L’excitation populaire est inversement proportionnelle à la qualité du film. Reste que ce film est, dans l’absolu, une implicite humiliation des gens du nord : pour dire que ces derniers ne sont pas des bouseux, ce dont personne ne doute, il aurait été tout de même préférable de ne pas leur dédier une bouse.
Anecdote : Lepen, ayant vu le film, n’est également pas emballé. Selon lui, les chtis ne ressemblent pas aux héros du film, et pour cause, ces derniers sont … arabes. Le borgne ne changera décidément jamais. :’)
Mise à jour du lundi soir : critique sociale.
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Bon, comme j'ai dit, une vraie mise à jour sur la société Lundi. =)
Un film moyen-moins qui hypnotise le public français, c'est un grand boulevard qui crie "Venez, venez" aux critiques qui aiment la médisance.
Je serais beaucoup plus curieuse d'entendre un avis sur un film qui a fait moins d'imbéciles heureux que Bienvenue chez les Ch'tis. Voyons, parmi ceux qui passent encore dans certaines salles de cinéma... Un film pas forcément ultra-connu, pas très polémique ni trop unanime... Disons, The Darjeeling Limited?
Là y'aurait de quoi gratter du papier, vraiment.
Je suis pas trop d'accord sur le fait que tu tires sur l'ambulance, j'ai l'impression que personne n'a pris la peine de dire du mal de ce téléfilm, sous pretexte qu'il n'est pas vulgaire. En même temps il vaut mieux 20 000 000 de spectateurs pour ça que pour Asterix, l'insignifiance fait moins mal que le mauvais goût...
Un film comme The Darjeeling Limited a quand même eu droit à quelques sévères critiques.
AU fait :
Tu n'es pas assez méchante envers Zoé Felix, cette nunuche mériterait que toute la haine du monde et toute la méchanceté qui consume cette planète s'abattent sur sa tête de comédienne ratée. Il faut la brûler, la détruire. Line Renaud et Anne Marivin pas loin derrière. Lynchons les, ces Mireille Mathieu, Cindy Sander du cinéma ^^
Et tu dois rectifier une coquille et une répétition ;) mdr
Et je n'ai pas vu Darjeeling Limited.
Tchit > Copiteur.
Je fais de mon mieux xD
C'est se placer un peu haut que d'affirmer être une brebis galeuse sous prétexte qu'on a critiqué un film qui a été majoritairement apprécié. Si le moindre quidam qui a un avis différent de Marianne, du Monde ou de je ne sais quel autre magazine plus ou moins côté, est une brebis galeuse, alors ma foi il suffit de bêler une fois pour voir débarquer le troupeau.
Pour The Darjeeling Limited, c'était une proposition comme ça, disons simplement que choisir Bienvenue chez les Ch'tis c'était enfoncer les portes ouvertes, quoi qu'on en dise.
Et que si je suis critique, voire mauvaise langue à propos de ton article, c'est parce que pour la qualité que tu y mets, le choix du sujet est médiocre. (C'est le choix qui est médiocre; le sujet lui-même, on n'en doute pas vraiment.)
L'heure est grave : humant le filet du blockbuster potentiel, des producteurs américains ont acheté les droits de ce film pour l'adapter (j'imagine déjà des New Yorkais visiter le Sud profond, sale, pauvre, raciste et plein de consanguins, comme il se doit...). J'avais été surpris qu'un film aussi « grand public » ait ainsi ravi les bons mots de la critique. Je ne l'ai pas vu, mais ça ne saurait tarder, il arrive bientôt sur nos écrans en bois rond et je meurs d'impatience o|. Oh, et merci pour l'article préventif !
C'est vrai : d'une part c'était à la demande d'arthur que j'ai critiqué la chose et d'autre part parce qu'étant une fervente lectrice de Marianne, j'ai été dégoûtée que ce film mérite un dossier aussi enthousiaste qu'une pucelle devant Tokio Hotel. Pour ainsi dire, d'un point de vue personnel, c'est surtout l'unanimité desdites critiques qui suggère une potentielle qualité de scénario.
Après, en disant que je suis probablement galeuse, je n'estime pas ça flatteur (sans me remettre en question pour autant ; ne poussons pas moom dans les orties, voyons) mais je garde en tête que c'est peut-être ma domiciliation [côte d'azur] alliée à ma fraîche installation en France qui sont à l'origine de mon insensibilité face aux gags écoeurants.
Après oui, je reconnais avoir fait preuve de choix facile ; surtout que ma haine du fromage du Nord et des accents prononcés (désolée, M.mystère) me donnent suffisamment d'énergie pour critiquer sans effort cette daube.
Bûcheron > J'ai dit Mardi, un point c'est tout. >_<
Putain, pomper les inspirations binaires, faut vraiment le faire... :/
J'attends qu'ils nous pondent "Bienvenue chez les Breizh", tiens ...
Longue vie à ta plume et à ton blog, Moom
Je vais expliquer ma pensée plus clairement, histoire de pas tomber dans des envolées lyriques grotesques (Qui, je l'avoue, sont mon dernier recours devant l'impossible communication, ça a quelque chose de jouissif de s'envoler vers des sphères lointaines, mais y'a toujours un affreux jojo pour essayer de m'arracher les ailes. Passons, je divague.)
En clair, donc: "Moom faire critiques de grande qualité. Donc Moom être capable de coups de maître si elle en prendre la peine. "Bienvenue chez les Ch'tis" être un navet interstellaire acclamé par public, donc trop facile à critiquer sous différents aspects. Donc Moom pas mettre son talent à l'épreuve là. Moi juste relever ceci, mi-critique mi-observation. Et moi dire à Moom qu'elle choisir la facilité et que ça dommage parce qu'elle avoir les capacités d'aller beaucoup plus loin."
Voilà.
J'ai pas pris la peine de rajouter "Gouzi-gouzi" à la fin de chaque phrase comme si je parlais à des mômes, c'est pas nécessaire.
Laissons le loisir d'enfoncer les portes ouvertes à ceux qui ne savent faire que ça, non?
Et dernière remarque, parce que j'aime faire chier, et que merde, ça a son importance: d'un point de vue étymologique, la médiocrité c'est l'excellence.
Moi j'ai bien aimé.
Non, je plaisante. J'ai fait comme pour fessebook : boycott